Lundi 13 mars 2006
Aujourd'hui, j'ai eu envie de me poser la question sur ma sexualité...

Définitions :
L’homosexualité masculine était autrefois appelée uranisme. Lorsqu’elle désignait principalement l’attirance d’hommes envers les adolescents mâles, on utilisait aussi le mot pédérastie, si bien que par confusion il finit par désigner aussi l’attirance entre les hommes d’âges semblables. Cet amalgame s’est poursuivi en ce qui concerne les relations avec des enfants, si bien que les homosexuels masculins sont parfois soupçonnés de pédophilie. Or, la sexologie moderne ne retrouve chez les homosexuels masculins aucune tendance particulière à la pédophilie, par comparaison avec les hommes hétérosexuels.

Chez les femmes, l’homosexualité est appelée lesbianisme (ou plus archaïquement saphisme) ; les deux termes font référence à la poétesse grecque Sapho de l’île de Lesbos, où elle tenait un collège de jeunes filles, et dont les poèmes passionnés envers ses amies, et la vie entourée d’autres femmes lui ont valu la réputation d’homosexuelle. Autrefois, on disait tribadisme, qui vient du mot grec tribein, « frotter » ; aujourd’hui ce mot signifie une pratique sexuelle spécifique.

Dans le langage courant, l'appellation gay (ou gai, orthographe standard au Canada) désigne un homosexuel qui assume son identité sexuelle et la revendique (voir gay (homosexualité)). De même chez les femmes on utilise l'appellation lesbiennes (ou gaies).

Du fait d'une perception sociale souvent négative de l'homosexualité, bien des termes minorisants, moqueurs, dégradants ou injurieux ont été créés pour nommer les tenants de ce mode de vie. Par exemple, en français, pédé, pédale, les initiales homophones P.D. (altérations sémantiques de pédéraste), ou encore enculé, tapette, ainsi que fifi, fif et mangeur de graines (au Québec),... pour les hommes homosexuels , et brousse, gouine, brouteuse,... pour les femmes homosexuelles.

Etymologie et évolution sémantique :
Le mot français homosexualité et sa déclinaison homosexuel et homosexuelle ont été créés au XIXe siècle, dans le cadre de la définition et du classement psychiatrique des déviations sexuelles, à partir du mot allemand Homosexualität forgé en 1869 par l'écrivain hongrois K. M. Benkert dans le cadre tout différent d'une revendication de légalisation de la chose. Il associe une racine grecque (homo, « semblable ») et une racine latine (sexuel).

Avant cette date, la distinction des différentes pratiques sexuelles ne considérait pas toujours comme pertinente la distinction homo/hétéro, mais comportait nombre de qualificatifs souvent voisins pour désigner des pratiques très diverses. Certains font une distinction entre comportement actif ou passif, ce qui a été le cas dès l’Antiquité, et reste encore vrai aujourd’hui dans beaucoup de cultures, voire de législations. On relève cependant, en français, l'opposition bougre ou culiste versus coniste (XVIIe-XVIIIe siècles) et chez Charles Fourier (suivi par Pierre Joseph Proudhon) l'opposition unisexuel/bisexuel.

Les relations entre personnes du même sexe ont vu passer les mots suivants : pour les femmes, lesbienne, saphiste, tribade ; pour les hommes, cinaède, bardache, bougre, sodomite, pédéraste, uraniste, enculé, inverti, antiphysique, pédé, pédale, tapette, tante, folle, etc. Certains de ces mots appartiennent au langage argotique, d’autres non. Dans le vocabulaire courant, la locution anglaise gay a pris le pas sur d'autres qualificatifs pour évoquer l'homosexualité.

De nos jours, le mot homosexualité est sorti d'une définition médico-légale.

On utilise souvent le mot pour parler de sexualité avant le XIXe siècle. Ceci fait l’objet d’un vif débat. Certains soutiennent que c’est un abus de la pertinence strictement contemporaine du mot, qui aboutit à dévoyer les débats sur cette question, cas flagrant quand on veut parler de l’homosexualité dans l'Antiquité, et amenant parfois au contre-sens.

D’autres répliquent que, bien que chaque culture approche l’homosexualité d’une façon différente, le phénomène de base a toujours existé ; il leur paraît donc pertinent de discuter l’histoire de l’orientation et des pratiques sexuelles en utilisant les expressions homosexuel, hétérosexuel, bien que les personnes concernées ne se seraient pas reconnues comme telles.

HISTOIRE
L'homoséxualité dans l'Antiquité :
Certaines sociétés pré-chrétiennes montraient plus ou moins de tolérance ou d'acceptation vis-à-vis des pratiques homo-érotiques. Pour beaucoup d'entre elles, ces pratiques étaient toutefois très codifiées socialement, et tout écart vis-à-vis de ces normes était mal vu, voire considéré comme délictueux. Par exemple, dans certaines cités de la Grèce antique, la pédérastie était pratiquée dans le cadre de l'éducation d'adolescents mâles, mais de façon généralement très codifiée. Ainsi, à Athènes le partenaire d'age mûr devait être actif dans la relation sexuelle et l'adolescent passif, faute de quoi la relation était considérée comme immorale.

En 342, les mariages homosexuels sont interdits dans l'Empire romain Le 6 août 390, l'empereur romain Théodose édicte une loi condamnant au bûcher les homosexuels. L'empire romain est devenu chrétien et la relative liberté en la matière disparaît.La répression au Moyen Âge en Europe :Malgré la tolérance des peuples germaniques - les lois barbares du Haut Moyen Âge ne font aucune référence à l'homosexualité puisqu'elle est integrée à leur culture - dans la société chrétienne du Moyen Âge et jusqu'à la fin de l'Ancien Régime, l'homosexualité était passible de la peine de mort en France et en Angleterre et dans la plupart des États européens.

Au VIe siècle, de crime contre la dignité, l'homosexualité devient un crime contre l'ordre naturel défini par Dieu et pouvant mener jusqu'au bûcher. Durant tout le Moyen Âge, l'homosexualité, considérée comme une hérésie, est combattue, notamment par l'Inquisition, sous le nom de bougrerie ; réciproquement, certains hérétiques, tels les Cathares sont accusés de bougrerie, au prétexte que leurs prêcheurs vont par deux de même sexe.

Tortures infligées aux homosexuels durant l'Inquisition (Lois édictées en 1260 à Orléans) :

  Hommes Femmes
1ère fois Ablation des testitules Excision du clitoris
2ème fois Ablation du pénis Ablation des seins
3ème fois Bûcher Bûcher

Persécutions sous le régime nazi :Contrairement à ce que l'on pourrait croire, l'idéologie National-Socialiste a tout d'abord entretenu des relations ambiguës avec l'homosexualité. Aux premières heures du mouvement, le culte de la virilité, de la beauté plastique, de l'homme nouveau était teinté de machisme et d'homo-érotisme. Les SA, par la voix d'Hans Blücher — un proche de l'organisation paramilitaire — et par l'exemple d'Ernst Röhm, qui était ouvertement inverti, furent plutôt favorables à l'homosexualité à l'antique. Néanmoins les sections d'assauts furent balayées avec la Nuit des longs couteaux et l'année qui suivit, en 1935, le régime durcit la législation envers les homosexuels (modification du § 175 du Code pénal allemand). Il faut néanmoins rappeler qu'à l'époque, la condamnation pénale de l'homosexualité, ainsi que son classement dans les maladies mentales, étaient considérés comme allant de soi dans de nombreux pays. La pénalisation de l'homosexualité, en elle-même, n'était donc pas spécifique à l'Allemagne Nationale-Socialiste.

Il n'en reste pas moins qu'au sein du Reich de très nombreux homosexuels furent déportés vers les camps de concentration. Les prisonniers homosexuels masculins étaient marqués d’un triangle rose, d’une taille supérieure aux autres triangles classificatoires, ce qui avait souvent pour effet, en plus des conditions de vie très dures dans les camps, de les livrer à l'hostilité des autres déportés. On imagine fort bien les humiliations et les avanies de toutes sortes, dans un tel milieu, que durent souffrir des homosexuels forcés malgré eux à ce que l'on appellerait de nos jours un outing. C'est pourquoi le triangle rose est aujourd’hui utilisé comme un symbole d’identité gay, rappel de la cruauté des persécutions passées.

Les femmes homosexuelles ne furent pas épargnées par le zèle de la Gestapo et de nombreuses lesbiennes furent déportées, mais ce fut plutôt en tant qu'« asociales » qu'en tant que délinquantes sexuelles définies.

Aucun projet spécifique d’extermination, comparable à la sinistre Solution finale, n’a été élaboré en vue de faire disparaître les homosexuels à l'instar des Juifs, des Tsiganes et autres ethnies considérées comme inférieures. Cependant les orateurs nazis s'en prenaient couramment à eux, en des termes fort peu équivoques quant à la nécessité de leur élimination, ce qui ne pouvait pas être sans effet sur le traitement qui leur fut réservé dans les camps de concentration, au seul motif qu'ils étaient homosexuels. Ils furent ainsi victimes de traitements particulièrement barbares.

Le calvaire des homosexuels sous le régime hitlérien ne fait que depuis peu de temps l'objet d'un intérêt à la mesure du drame. Peu reconnu ni compensé financièrement jusqu’à nos jours, quelques commémorations officielles ont eu lieu depuis, dont le Homomonument à Amsterdam et un projet de monument à Berlin.

Aucune étude historique de fond n’ayant à ce jour été publiée, les chiffres, allant de la simple dénégation (0) aux exagérations les plus fantaisistes (plusieurs millions) circulent sur le nombre d'homosexuels tant déportés qu’assassinés entre 1933 et 1945. Les travaux sur bases des condamnations « légales » suggèrent 10 000 victimes :

 « Moins de dix survivants homosexuels ayant témoignés sont connus à ce jour. ... Franck Rector fait un tour d’horizon des statistiques. Estimant de 10 000 à 1 million de victimes, il choisit néanmoins le nombre de 500 000. Pour lui, si les estimés de Himmler sur le nombre total d’homosexuels masculins en Allemagne étaient de 2 millions, il procède au calcul selon une simple statistique. 25% des homosexuels d’Allemagne, de Hollande et de la France est donc, selon lui, une statistique valable. Heinz Heger, au milieu des années 70, estimait le génocide à 50 000 victimes. Ses données sont fondées sur un estimé des condamnations légales. Il ne tient donc pas compte des victimes sans procès. Un autre estimé vient de l’Église de la confession d’Augsbourg d’Autriche. Cet estimé est de 220 000. Cependant, les méthodes de calcul de cet estimé sont fortement critiquées par d’autres historiens. Richard Plant, quant à lui, estime, que de 1933 à 1944, « 50 000 à 63 000, dont 4000 mineurs et 6 lesbiennes »(!) meurent des mauvais traitements des camps nazis. Finalement, les ouvrages généraux sur les persécutions nazis - lorsqu’ils discutent du traitement des homosexuels - estiment pour la plupart le nombre de victimes homosexuelles à 10 000.

En France la situation fut contrastée. Dans les territoires annexés (Alsace et Moselle) intégrés au Reich et donc soumis au Code pénal allemand, les homosexuels furent déportés. Mais en zone occupée, comme dans la France de Vichy, les homosexuels ne furent pas inquiétés. Certains même collaboreront avec l'occupant: Robert Brasillach écrivain antisémite, Abel Bonnard ministre de la jeunesse du gouvernement Laval affublé du sobriquet « Gestapette ». Néanmoins, en 1942, le régime de Vichy introduit dans le Code pénal une discrimination, rompant la tradition française d'égalité des homosexuels et hétérosexuels : l'article 331-1 du Code pénal fait un délit de l'acte consistant à avoir des relations homosexuelles avec un mineur (moins de 21 ans), au lieu de 15 ans pour les hétérosexuels. Les ordonnances du gouvernement du Général de Gaulle en 1945 confirment cette disposition.

Les persécutions nazies à l'égard des homosexuels se sont déroulées dans un contexte de durcissement général des régimes totalitaires et autoritaires sur les « déviances morales ». Ainsi, en 1934, Staline a fait adopter des dispositions pénales prévoyant l'emprisonnement et la déportation des homosexuels. D'après des données incomplètes, de l'ordre de 300 000 à 400 000 personnes ont été condamnées sur la base de ces dispositions (qui n'ont été abrogées qu'à la fin des années 1980). Dans les pays de tradition stalinienne, la persécution des homosexuels a été systématique. C'est encore le cas aujourd'hui en Corée du Nord et à Cuba. En Espagne, le régime franquiste avait adopté la loi sur la dangerosité sociale qui permettait l'emprisonnement des homosexuels. En Italie, Mussolini mit en place une politique comparable, en poursuivant les homosexuels comme opposants politiques, mais en refusant d'établir une incrimination anti-homosexuelle comme lui avait demandé Hitler. Les responsables fascistes homosexuels ont seulement été contraints à démissionner.
par jean-philippe publié dans : Homosexualité
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Commentaires

Très très interessant ton article
à quand la suite?
commentaire n° : 1 posté par : Christophe le: 13/03/2006 15:52:22
très intéressant...
commentaire n° : 2 posté par : Nicolas le: 14/03/2006 17:17:20

Bravo pour cette recherche, les explications osnt limpides et fluides, il faut poursuivre je crois...


 

commentaire n° : 3 posté par : franck le: 09/06/2006 16:41:56

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